Mode Nuit Mode Jour

La Magie Demeure Absolue
A+ a-
Chapitre 3 : La faim justifie les moyens
Chapitre 2 : L’éveil brutal Menu Chapitre 4 : Un mode pas comme les autres

 

Ses yeux tombèrent sur un étal de fruits.

Des pommes rouges tachetées, des poires jaunes à la peau rugueuse, quelques baies sombres empilées dans des paniers d’osier. Rien d’extraordinaire, rien de magique, rien qui aurait mérité l’attention d’un homme rassasié.

Juste de la nourriture.

À cet instant, c’était tout ce qui comptait.

Poussé par le désespoir de son corps, Davin s’approcha en vacillant.

« S’il vous plaît… »

Il tendit la main.

Le commerçant, un homme trapu au tablier taché de jus et de poussière, le reconnut avant même qu’il atteigne l’étal. Ses yeux se durcirent aussitôt.

« Dégage, vermine. »

Sa main disparut sous le comptoir et revint avec un lourd gourdin de bois noirci.

« Approche encore, et je te brise les doigts. »

Davin s’arrêta.

Son estomac hurla.

Sa fierté, elle, ne fit aucun bruit.

Il recula.

L’instinct de préservation reprenait le dessus. Mendier ne servait à rien. Il tenta deux autres devantures : un vendeur de galettes, puis une vieille femme assise derrière des paniers de légumes racornis. Chaque fois, il reçut le même regard, un mélange de dégoût, de méfiance et de reconnaissance.

La vérité s’imposa, froide et nette.

Ils ne me chassent pas juste parce que je suis un mendiant. Ils me reconnaissent. L’ancien propriétaire de ce corps devait avoir les mains trop longues, et la mémoire des gens, elle, ne semble pas courte.

Demander revenait à mourir lentement.

Il fallait prendre.

Davin glissa dans l’ombre d’une ruelle adjacente. L’air y était plus humide, chargé d’ordures, de fumée froide et de pisse séchée. Des caisses vides s’empilaient contre un mur de pierre grossière. Il s’accroupit derrière elles et observa la rue à travers une fente.

Les passants allaient et venaient dans un désordre qui n’en était pas vraiment un : paysans en tuniques rêches, porteurs courbés sous des sacs de grain, gardes en cuir bouilli avec leurs lances sur l’épaule. Quelques hommes armés traversaient la foule avec l’assurance tranquille de ceux qu’on évitait naturellement.

Davin ne leur accorda qu’un regard.

Ils étaient trop dangereux.

Son attention revint à un marchand fatigué qui finissait de trier ses invendus. Du pain noir, des fruits abîmés, deux gourdes de cuir suspendues à un crochet. L’homme bâillait toutes les dix secondes, les paupières lourdes, tandis que sa charrette à bras attendait près du trottoir, une roue coincée dans une ornière.

Celui-là ferait l’affaire.

Davin resta accroupi derrière les caisses, les muscles tendus malgré la faiblesse qui lui rongeait les jambes. La faim rendait chaque seconde plus longue. Ses mains tremblaient. Son souffle raclait sa gorge. Pourtant, il força son regard à suivre le rythme du marchand plutôt que le vertige qui montait derrière ses yeux.

L’homme faisait toujours le même trajet : un aller jusqu’à la charrette, un retour à l’étal, puis un autre aller. Quand il se pencha pour dégager sa roue coincée, son dos se tourna enfin.

C’est maintenant.

Davin jaillit de l’ombre.

La douleur de ses muscles atrophiés lui mordit les jambes, mais il l’ignora. Ses mains bougèrent avant sa réflexion, guidées par la famine et les restes d’instinct du corps qu’il avait volé. Il rafla deux miches, trois fruits et une gourde, puis plaqua le tout contre sa poitrine.

« Hé ! »

Le marchand se redressa trop tard.

« Au voleur ! »

Davin courait déjà.

Il ne courait ni droit, ni vite, ni bien. Mais il courait assez.

Il s’engouffra dans la ruelle, tourna brusquement à gauche, heurta une caisse avec l’épaule, manqua de tomber, puis se faufila entre deux murs humides. Derrière lui, le cri du marchand se perdit dans le brouhaha de la rue.

Quelques passants se retournèrent, mais personne ne se lança vraiment à sa poursuite. Pas pour quelques fruits et du pain rassis. Pas pour un mendiant qui empestait la charogne.

Dans une impasse sombre, Davin s’effondra avec son butin.

Il ne prit pas le temps de savourer. Adossé contre la pierre froide, il mordit dans la première miche à pleines dents. Le pain était sec, presque dur, mais son corps l’accueillit comme un festin. Chaque bouchée râpait sa gorge. Chaque fruit écrasé entre ses doigts lui collait au menton. Il mangea trop vite, trop brutalement, jusqu’à s’en déchirer les lèvres.

Puis il arracha le bouchon de la gourde avec les dents.

Le liquide était tiède, légèrement acide, peut-être une bière faible ou une eau mal conservée. Il s’en moqua. Il força chaque gorgée à descendre.

Quand il eut terminé, un long soupir tremblant lui échappa.

La douleur cuisante dans son ventre ne disparut pas complètement, mais elle recula assez pour lui rendre le droit de penser.

Davin resta assis, le dos contre le mur, le souffle court. Ses doigts poisseux serraient encore un morceau de croûte. Il le fixa quelques secondes, puis l’avala aussi.

Dans son état, même les miettes avaient plus de valeur que sa dignité.

Le brouillard de la faim se dissipa peu à peu. Son esprit reprit forme, plus lentement qu’il l’aurait voulu, mais assez pour ordonner ses priorités.

Son corps n’était pas réparé, seulement utilisable. Il avait mal partout. Des égratignures tiraient sur sa peau, des hématomes pulsaient sous la crasse, et l’odeur de ruelle semblait s’être incrustée jusque dans ses os. Mais il pouvait marcher, voler, fuir et observer.

Pour l’instant, c’était suffisant.

Le monde autour de lui prenait enfin des contours plus nets.

Les rues de terre tassée serpentaient entre des maisons basses en pierre grise et en bois sombre. Les toits de tuiles irrégulières projetaient des ombres cassées sur les façades. Des lanternes de fer pendaient à des crochets, éteintes pour l’instant. L’air mélangeait la fumée, le pain chaud, la sueur et le cuir mouillé.

Ce n’était ni une ville moderne, ni un décor médiéval proprement rangé pour être regardé de loin. C’était un endroit sale, vivant, dangereux, où chaque odeur, chaque regard et chaque arme visible rappelait que les règles n’avaient pas été écrites pour protéger les faibles.

Le plus surprenant restait la langue.

Chaque insulte, chaque marchandage, chaque ordre lancé par les gardes lui arrivait avec une clarté parfaite. Il comprenait tout sans effort, comme si les mots avaient toujours été les siens.

Un cadeau du corps, peut-être.

Ou un reste de son ancien propriétaire.

Dans les deux cas, c’était un avantage énorme.

Restait le problème principal : l’argent.

Les villageois échangeaient des pièces de cuivre terni. Il en avait vu passer de main en main, petites, rondes, frappées d’un symbole qu’il ne savait pas lire. Voler de la nourriture aux étals ne durerait qu’un temps. On finirait par l’attraper, le battre, le marquer. Ou pire.

Je dois comprendre les règles avant qu’elles me tuent.

I.A., ouvre-toi.

[BIP. Message Système / Analyse en cours…] > STATUT DE L’HÔTE :

Nom : Davin (Réceptacle Inconnu)

Âge biologique : 19 ans

Force : 0.8 (Moyenne standard : 1.0)

Agilité : 0.8

Vitalité : 0.9

Énergie Inconnue : 1.2

[Alerte / Recommandation : Apport nutritif assimilé. Urgence vitale immédiate réduite. Atrophie musculaire persistante. Réserves corporelles insuffisantes.]

Davin fixa les chiffres.

Son corps avait réagi vite à la nourriture. Trop vite, peut-être. Mais il n’allait pas s’en plaindre. Il restait sous la moyenne, affaibli, douloureux, mais il n’était plus à deux pas de s’éteindre dans une ruelle.

En revanche, l’énergie inconnue n’avait pas bougé.

I.A., identifie cette énergie inconnue.

[BIP. Message Système / Analyse en cours…] > RÉPONSE :Source d’énergie étrangère détectée dans le flux sanguin de l’hôte.Nature exacte : non répertoriée dans la base de données originelle.]

Analyse approfondie. Donne-moi quelque chose d’exploitable.

L’interface resta silencieuse.

Une seconde passa, puis dix. Au bout d’une minute, Davin sentit l’humidité de la ruelle lui mordre le dos. À la deuxième, ses sourcils se froncèrent franchement.

[BIP. Message Système / Analyse en cours…] > RÉPONSE :

Échec de l’analyse.Données référentielles insuffisantes sur l’environnement actuel.

Davin ferma les yeux.

Tu as pris deux minutes entières pour me dire que tu ne savais pas ?

Il soupira, agacé, puis ferma l’interface d’une pensée.

L’I.A. n’était pas omnisciente.

Bon à savoir.

La nuit tomba lentement sur le village.

Les rues se vidèrent par à-coups. Les étals furent démontés. Des volets claquèrent. Les lanternes de fer s’allumèrent une à une, projetant des halos jaunes dans la brume froide. Au loin, un chien aboya. Plus près, un ivrogne vomit contre un mur avant de rire seul dans l’obscurité.

Davin resta dans sa ruelle.

Il ne dormit presque pas.

Le froid mordait à travers ses haillons. La pierre humide aspirait la chaleur de son dos. Ses blessures pulsaient. Mais son esprit, lui, continuait de tourner.

Il lui fallait de quoi manger sans tendre la main, un endroit où dormir sans se faire dépouiller, et des vêtements qui ne criaient pas “cible facile” à chaque passant. La hiérarchie locale viendrait ensuite. Ou plutôt, elle viendrait le frapper s’il tardait trop à la comprendre.

Les gardes avaient des armes. Les marchands avaient de quoi payer des gardes. Les mendiants vivaient comme des rats. Les hommes armés étaient évités par réflexe. Ce monde n’était pas compliqué dans ses bases : la force dictait la distance que les autres prenaient avec vous.

Donc il me faut de la force. Ou l’apparence de la force. En attendant, il me faut des pièces.

Les premiers rayons du jour finirent par percer l’obscurité.

Davin se releva, les muscles raides, mais l’esprit clair. Il frotta la boue séchée sur ses mains, sans grand résultat, puis quitta la ruelle.

Le village s’éveillait déjà.

Des charrettes grinçaient sur les pavés inégaux. Des femmes ouvraient leurs volets. Des apprentis couraient avec des paniers de linge ou de pain. Une cloche grave sonna quelque part au-dessus des toits, lente et profonde.

Les passants s’écartaient encore de lui.

Son odeur fétide jouait le rôle de bouclier naturel.

Davin erra dans les artères du village jusqu’à ce qu’un bâtiment attire son attention.

Il était plus vaste que les autres, avec un rez-de-chaussée en pierre sombre, des poutres massives à l’étage et des portes à deux battants renforcées de bandes de fer. Au-dessus de l’entrée pendait une enseigne gravée qu’il ne savait pas lire, mais le symbole était clair : une épée croisée avec une griffe de monstre.

Des hommes et des femmes y entraient et en sortaient sans cesse. Certains portaient des armures de cuir râpé, d’autres des cottes de mailles usées, des arcs courts, des haches ou des lames courbes. Quelques silhouettes étaient vêtues de longues robes de voyage, épaisses, tachées par la route, mais trop bien entretenues pour appartenir à de simples vagabonds.

C’était donc une guilde.

Le cliché par excellence.

Et probablement le meilleur endroit pour transformer du risque en argent.

Davin accéléra l’allure.

Il poussa la lourde porte.

La grande salle mêlait l’austérité de la pierre à la chaleur du bois sombre. Des poutres noircies par la fumée soutenaient le plafond. Des lampes à huile diffusaient une lumière jaune au-dessus de longues tables marquées par les entailles, les brûlures et les chopes renversées. Un large escalier montait vers une galerie où quelques silhouettes observaient la foule sans se mêler aux autres.

Au fond, derrière un comptoir solide, plusieurs réceptionnistes classaient des parchemins et répondaient aux aventuriers. Sur un vaste panneau de bois étaient clouées des requêtes, des avis de prime, des morceaux de cuir marqués au fer et des croquis grossiers de créatures.

L’odeur d’alcool fort, de sueur, de cuir huilé et de métal humide lui emplit les narines.

À peine fit-il trois pas que les conversations les plus proches moururent.

Des regards lourds convergèrent vers lui, chargés de dégoût, de moquerie et d’hostilité. Personne ne bougea, mais plusieurs mains se rapprochèrent de poignées de dague, par habitude plus que par peur.

Davin ignora l’ambiance et marcha droit vers le comptoir.

La jeune femme derrière celui-ci avait des cheveux bruns attachés en queue basse, une tunique grise serrée par une ceinture de cuir et des manches retroussées jusqu’aux coudes. Un petit couteau reposait près de son registre, à portée de main.

Elle leva les yeux.

Puis regretta aussitôt.

« Par les Dieux… »

Elle recula d’un pas et plaqua sa manche contre son nez.

« Tu empestes la charogne. »

« Je cherche un moyen de gagner des pièces », dit Davin d’une voix rauque.

« On n’embauche pas les mendiants ici. Et encore moins les petits voleurs de ton espèce. Dégage. »

Encore la réputation de ce corps.

Davin soutint son regard.

Il n’avait pas besoin qu’elle l’aime, seulement qu’elle parle.

« Les primes du panneau. Comment ça marche ? »

La réceptionniste le fixa comme on regarde une flaque de vomi qui vient de poser une question.

« Tu ne sais pas lire ? »

Davin ne répondit pas.

Un ricanement monta d’une table voisine.

La femme soupira. Pas par pitié, mais par impatience.

« Les petites primes se prennent sans inscription. Tu tues la bête, tu ramènes une preuve, tu touches les pièces. Simple. Même pour toi. »

« Quelles bêtes ? »

« Loups. Gobelins. Parfois des rats des caves, quand les taverniers paniquent pour rien. Une pièce d’argent par tête de gobelin, si les oreilles sont intactes. Les escortes paient mieux, mais il faut au minimum être Adepte Initial. »

Elle le regarda de haut en bas, puis eut un rire bref et sec.

« Et je ne sens pas une once de mana chez toi. Donc oublie. »

Le mot frappa Davin plus fort que l’insulte.

Mana.

Enfin.

Il garda son visage fermé.

« C’est quoi un Adepte ? Et la monnaie ? »

Cette fois, la réceptionniste resta silencieuse une seconde de trop.

Autour d’eux, deux aventuriers tournèrent légèrement la tête. Pas assez pour s’impliquer, mais assez pour écouter.

Davin comprit son erreur.

Il venait de montrer trop d’ignorance, trop visiblement.

La femme plissa les yeux.

« D’où tu sors, toi ? »

Davin baissa légèrement la tête, juste assez pour avoir l’air plus misérable que suspect.

« D’un fossé. Avec la moitié de mes souvenirs en moins. Ça te suffit ? »

La réceptionniste le fixa.

Son expression ne s’adoucit pas vraiment, mais son impatience prit le dessus sur sa méfiance. Plus vite elle répondait, plus vite il partirait.

« Un Adepte est un combattant de Rang 0. Guerrier ou mage, ça dépend des méthodes. Le stade Initial est la première étape de cultivation. Pour y arriver, il faut éveiller ses portes de mana. Tout le monde n’en est pas capable. »

Elle tapa du doigt sur le comptoir.

« Pour la monnaie : cent pièces de bronze font une pièce d’argent. Cent pièces d’argent font une pièce d’or. Maintenant, tu sais compter ou tu veux que je t’apprenne aussi à respirer ? »

Davin enregistra chaque mot : Rang 0, cultivation, portes de mana, et surtout cette phrase qui pesait plus lourd que les autres.

Tout le monde n’en était pas capable.

« Je prendrai une prime de gobelins. »

La femme cligna des yeux.

Puis elle éclata presque de rire.

« Toi ? »

Davin ne répondit pas.

Son silence sembla l’agacer encore plus que son odeur.

Elle désigna vaguement le nord d’un mouvement du menton.

« Forêt des Cascades. Cinq kilomètres au nord. Des marchands ont signalé des gobelins près des vieux sentiers. Tu ramènes l’oreille droite, tu touches une pièce d’argent par tête. Mais sans arme, tu vas surtout ramener ton cadavre. »

« Tu paies aussi les cadavres humains ? »

La réceptionniste resta bouche entrouverte une fraction de seconde.

Puis son visage se ferma.

« Dégage. »

Davin tourna les talons.

Il n’avait plus rien à tirer d’elle pour le moment.

Dans son dos, quelqu’un ricana.

« Hé, le clochard ! Si tu survis, rapporte aussi tes deux oreilles. On les encadrera. »

Quelques rires suivirent.

Davin ne ralentit pas.

Riez tant que je suis encore faible.

Dehors, la journée avait pleinement commencé.

La lumière le frappa au visage.

Davin leva les yeux et s’arrêta.

Deux soleils rayonnaient au-dessus du village : l’un large et pâle, presque blanc, l’autre plus petit, doré, légèrement décalé dans le ciel. Pendant un instant, le bruit de la rue sembla s’éloigner.

Deux soleils, un système de Rang, du mana, des gobelins, des portes à éveiller. Ce monde n’est pas seulement inconnu. Il est immense, absurde, dangereux, et plein d’opportunités.

Si les Terriens voyaient ça, ils s’entretueraient pour venir s’y installer. Puis ils mourraient probablement dans la première ruelle.

La pensée lui arracha presque un sourire.

Il était piégé dans le corps d’un gamin affamé après avoir croqué une pomme divine. Son existence même défiait déjà toute logique.

Davin prit la direction de la sortie du village.

Les deux gardes qui bloquaient les portes le reconnurent aussitôt. L’un d’eux fit une grimace et s’écarta sans même lever sa lance.

Toujours aucune envie de le fouiller.

Une fois dehors, l’air devint plus sec. Le chemin de terre serpentait entre des champs maigres, des clôtures tordues et quelques arbres aux feuilles sombres. Au loin, la forêt dessinait une masse violette et noire contre l’horizon.

Il lui fallut moins de quarante minutes pour repasser devant le campement de fortune où il était apparu.

Sous les charrettes brisées, près des feux mourants, les mendiants étaient encore là. Il reconnut leurs silhouettes, leurs épaules voûtées, leurs haillons et leurs gestes lents de charognards fatigués.

Son visage ne changea pas.

La vengeance demandait du temps, de la force et une marge d’erreur. Il n’avait rien de tout cela.

Davin détourna le regard, resserra les poings et accéléra vers le nord, en direction de la Forêt des Cascades.



Rejoignez-nous et devenez correcteur de Chireads Discord []~( ̄▽ ̄)~*
Chapitre 2 : L’éveil brutal Menu Chapitre 4 : Un mode pas comme les autres